Dimanche 20 Juillet 2008
N° 105 - Juillet 2008
Sommaire
La chronique de
Pierre Cornillot
La chronique de
Stéphane Di Vittorio
La chronique de
Martine Gardénal
La chronique de
Roselyne Morel
La chronique
d'Hélène Wintrebert
La chronique de
Françoise Railhet
La chronique de
Soana Kristen
La chronique de
Bérengère Arnal
La chronique de Marie-
Hélène Groussac
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Il a plein de poils
“J’ai rêvé que je couchais avec Guy Marchand ; il a plein de poils.”
Le rêve met en scène une relation amoureuse. L’élu de la rêveuse n’est pas Guy Marchand mais un Pakistanais plus jeune qu’elle. La rêveuse, d’ascendance russe et au langage de titi parisien, apprécie l’acteur mais pas son abondante pilosité. Ici se lit sa dualité envers le garçon - the guy - qu’elle fréquente. Bien qu’imberbe, il n’est pas policé, rechigne à toute évolution, évite toute discussion. En bref, il lui donne du poil à gratter dans ses manières rustres et un rapport “marchand” le revers de “charmant” (prince) ; “marchand” est celui qui “fait marcher”, qui trompe. La valeur de la rêveuse, toujours minorée par des parents odieux, l’a portée dans le passé vers des attirances maladives, dans les bras d’hommes intéressés. Elle pèse les avantages et les inconvénients de l’idylle, se “met à poil” face à elle-même et considère que mieux vaut une solitude harmonieuse qu’une histoire irrespectueuse. Mettre un terme à l’amourette est la position de femme debout qu’elle décide d’adopter avant “d’y laisser trop de plumes”, elle qui est amoureuse des fleurs, de leur langage et des élixirs.
Mais l’ambivalence ressentie à l’égard de G. M. est principalement celle de son rapport à son propre corps. Etre une femme, aujourd’hui, c’est devoir se mettre “à poil” sans poils, devoir se raser (“partout”). C’est peut-être aussi “se raser”, au sens de “se barber” (simuler l’orgasme). “Plein de poils” (masculin) - “ras le cul” (féminin). Le poil symbolise la propre virilité de la rêveuse, pas en apparence mais en acte. Mettre son point d’honneur à savoir tout faire, c’est se passer de l’homme ! Son image corporelle est dégradée - selon elle - par une défaillance thyroïdienne survenue à la suite des irrespects subis et d’une alimentation carencée. Manger pour 2 euros par jour durant deux ans laisse des séquelles. Elle se plaint de sa beauté perdue qu’elle reconquiert peu à peu, rehaussant sa valeur à l’aune de la connaissance d’elle-même.
Ce rêve souligne que l’harmonisation de la rêveuse avec la vie (l’acte sexuel) - en dépit ou à cause d’une “sauvageonnerie” - est la marche dans l’art du renouveau (le gui, l’an neuf).
Soana KRISTEN



Psychanalyste onirocriticienne.