Samedi 04 Juillet 2009
N° 116 - Juin 2009
Sommaire
La chronique de
Pierre Cornillot
La chronique de
Stéphane Di Vittorio
La chronique de
Martine Gardénal
La chronique de
Roselyne Morel
La chronique
d'Hélène Wintrebert
La chronique de
Françoise Railhet
La chronique de
Soana Kristen
La chronique de
Bérengère Arnal
La chronique de Marie-
Hélène Groussac
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Bioéthique politique
Ce mensuel qui s’appelle Votre santé aurait pu aussi bien s’appeler “Votre vie”. La santé c’est la vie, mais notre culture néglige le fait que la vie, c’est aussi la vérité.
Là est presque toute la question que depuis quelques mois - et à ma grande surprise - nos lecteurs soutiennent avec une conviction et une insistance encore plus fortes que n’essaye de le faire le journal lui-même. Comme dirait Lacan, il y a vraiment “de quoi se rouler en huit par terre”. De satisfaction.
Les lecteurs dépassent toujours les journaux qu’ils lisent, comme les électeurs dépassent toujours les élus qu’ils élisent et les analysants dépassent les analystes qu’ils se sont choisis.
C’est donc bien à cause de nos lecteurs ou plutôt grâce à nos lecteurs que j’ai pu dernièrement - le 23 avril - me rendre à l’Assemblée nationale, salle Colbert, et proposer une intervention au colloque préparatoire des Etats généraux de la bioéthique.
Non seulement nos lecteurs nous motivent, mais ils sont de plus en plus nombreux à s’intégrer dans une opinion générale en extension.
Parce que si la force, l’argent et le savoir sont nécessaires en toute entreprise, la vérité y joue son rôle aussi ; et même en politique. Les effets de la vérité sont peut-être plus lents à se manifester dans une entreprise, mais ils font sa stabilité et sa durée. Car c’est la vérité qui donne sa force au savoir. Quand la vérité des sujets ne vient pas animer leur savoir, l’entreprise piétine, le succès ne vient pas. Exactement comme quand “le sel manque à la terre”, l’axiome est classique et toujours en vigueur.
“Méfiez-vous des symboles, disait Rabelais, et prêtez attention aussi aux choses signifiées.” Expressions d’une étonnante pertinence de modernité pour un auteur du XVIe siècle.
“La chose signifiée” qui intéresse et concerne l’homme, c’est toujours finalement “la vérité”. C’est la vérité qui impulse à notre corps sa vitalité, c’est elle qui lui permet de franchir avec succès ce que Lacan appelle “l’épreuve de vérité”, c’est encore elle qui inspire nos meilleures initiatives.
Prenez par exemple les pesticides, ils nous donnent plutôt la mort que la vie. Ils ne servent en définitive, à ceux qui les utilisent, qu’à faciliter l’accumulation de symboles monétaires. Alors nous leur disons : “Cultivez bio, vous vous porterez déjà mieux vous-mêmes.”
Personne, de quelque bord politique et idéologique qu’il provienne, ne nous contredira si nous disons que ce qui caractérise notre époque c’est d’avoir perdu trop communément le respect de la vie. Il saute aux yeux de tout le monde que ce qui en découle logiquement et en témoigne c’est l’accentuation universelle de la violence dans tous les registres de la vie sociale ; et de l’ignorance aussi.
Les écoles ne parviennent plus à rattraper le retard d’instruction générale qu’elles ont laissé s’instituer. Parce qu’elles ne parviennent pas elles-mêmes à se laisser instruire par le savoir contemporain. Où enseigne-t-on, de nos jours, la valeur de vérité et d’amour que comporte la moindre parole ? “Cette parole qui constitue le sujet en sa vérité”, suivant l’expression de Lacan ?
La tâche interminable de la psychanalyse n’en est vraiment pour l’instant qu’à ses tout premiers débuts.
Même de Gaulle pourtant savait déjà - et savait le dire -, que “la vie mène un combat qu’elle n’a jamais perdu”. Les historiens les plus raffinés ne vont pas tarder à noter qu’il n’a trébuché à la fin que dans un lapsus ponctuel “entre savoir et vérité”.
Périodiquement, bien sûr, certains murs tombent. Quand sur la balance politique le plateau du savoir et de la force du public pèse plus lourd que le plateau du savoir et de la force du gouvernement. Alors les gouvernements inaugurent, pour un temps, un style nouveau.
Le public français actuel a une telle soif de vérité qu’il s’oriente politiquement vers les femmes. Nous l’avons dit et publié. On peut même dire nommément en direction de qui se tourne aujourd’hui le souffle de ce vent politique nouveau : une dénommée Christine.
Stéphane DI VITTORIO