Dimanche 20 Juillet 2008
N° 105 - Juillet 2008
Sommaire
La chronique de
Pierre Cornillot
La chronique de
Stéphane Di Vittorio
La chronique de
Martine Gardénal
La chronique de
Roselyne Morel
La chronique
d'Hélène Wintrebert
La chronique de
Françoise Railhet
La chronique de
Soana Kristen
La chronique de
Bérengère Arnal
La chronique de Marie-
Hélène Groussac
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La femme
Lacan a-t-il le droit de dire que “la femme est l’autre visage de Dieu” ? Comme pour toutes les grandes formules de Lacan, on s’efforce généralement d’en détourner le sens pour empêcher le public de s’y rallier. Ainsi on met tout le monde contre Lacan, les religieux et les antireligieux.
Au séminaire hebdomadaire “Aidez-nous à lire Lacan”, qui se tient depuis vingt-cinq ans dans le cadre de l’enseignement de la psychanalyse, on dit que, pour comprendre sérieusement les formules de Lacan, il faut les rapprocher les unes des autres. En voici une qui va bien avec l’autre : “La psychanalyse partage avec la religion la dimension de l’oubli.”
Notre société se perd du fait de son obstination à ne pas vouloir respecter et appliquer la dimension de l’oubli. Ainsi, pour la simple et puérile gloire de son nom, le Dr Alzheimer a-t-il pu créer de toutes pièces cette maladie où, par exemple, en France, aujourd’hui, se regroupent et se réfugient un bon million de personnes.
Quand tout le monde sait depuis toujours qu’avec la vieillesse la vitesse des opérations intellectuelles peut parfois se ralentir ; mais en revanche la lucidité et la vivacité du cœur se maintiennent ou augmentent même de façon stupéfiante, si bien que, quand on conteste au vieillard cette évidente caractéristique qui est la sienne, alors il devient dément pour de bon et s’autodétruit. Subtile nuance.
Il y a des cultures où l’on se vante de ne jamais pardonner et où l’on se résigne simplement au fait d’oublier. Mais on oublie – c’est le cas de le dire – que l’oubli est précisément l’une des composantes, des exigences et des conséquences du pardon. Toujours la prétention humaine à vouloir mettre les choses à l’envers. “L’envers de la psychanalyse”, qui n’est pas le moindre des séminaires de Lacan, le 17e, de 1970. “Ils tiennent à leurs fantasmes plus qu’à eux-mêmes”, redisait Lacan citant saint Augustin.
Justement, un autre aspect de la femme : la plus grande facilité avec laquelle elle oublie. “La donna é mobile, qual piuma al vento.” (la femme est mobile comme une plume au vent.) Du coup, on la traite même d’infidèle. Alors que - sociologiquement - les femmes sont partout la réserve anthropologique de la foi.
Car l’un des premiers aspects par où la femme assume plus couramment que l’homme le visage de Dieu, c’est bien par la vivacité et la sensibilité de son coeur. Quand les femmes se mettent à faire des calculs, des évaluations et des bilans, vous pouvez toujours courir pour avoir envie de leur parler d’amour. Alors on peut toujours se replier dans le recours de faire semblant de leur parler de sexe. Mais, comme dit Lacan - autre formule -, “ce n’est que du semblant”.
Parce que “la femme ne se trompe pas”. Elle est souvent tellement plus patiente que les hommes, face à la stupide et absurde inertie “du grand désordre du monde” et de “l’histoire qui est l’odyssée de l’esprit” - suivant la belle formule de Hegel. “Madeleine sait”, disait Lacan, citant sa petite soeur de cinq ans qui l’époustouflait par la tranquillité de son assurance.
Comme les femmes, les hommes d’Etat - et leur nom même l’indique - savent bien qu’en l’état on ne peut que parcourir patiemment le labyrinthe absurde de l’histoire, de la politique et de l’administration. Qui ne saurait être tranché d’un seul coup d’épée volontaire. Mais quand d’aventure surgit un vrai homme, loin de se dresser contre lui, il faut au contraire l’aider à prendre connaissance et à tirer parti du savoir de l’humanité.
Pour conclure, Lacan ou Dolto ? Vous voyez bien qu’il faut les deux. Mais celui qui porte le poids et qui transmet, c’est Lacan. La femme jubile. Et on lui attribue la Palme d’or au Festival de Cannes.
Stéphane DI VITTORIO